SAINT-MALO · BALADE DANS INTRA-MUROS
Suivez l’hermine
Une autre façon de découvrir les rues de Saint-Malo : regarder sous ses pieds, puis lever les yeux.
À Saint-Malo, on peut passer une journée à regarder la mer sans vraiment regarder la ville. Dans Intra-Muros, de petits clous ornés d’une hermine proposent justement de changer de réflexe. Ils matérialisent « Suivez l’hermine », un parcours historique publié par la Ville de Saint-Malo, jalonné de 42 points d’information.

La Ville indique que 150 clous ont été posés pour guider les promeneurs. Ils relient 35 panneaux et 7 pupitres, associés à des QR codes. Les données ouvertes du parcours datent de 2014 : sur place, gardez aussi l’œil ouvert, car je ne peux pas garantir que chaque clou ou chaque QR code soit encore visible aujourd’hui.
Le principe Zyeute : repérez une hermine, suivez-la quelques rues, puis arrêtez-vous dès qu’une façade, une porte ou un nom de rue vous intrigue. Le parcours sert de fil conducteur, pas de chronomètre.
Où commencer et comment suivre le parcours ?
Le fichier de tracé publié par la Ville commence à l’esplanade Saint-Vincent, à l’entrée d’Intra-Muros, près de la Porte Saint-Vincent et de l’Office de tourisme. Cherchez les clous dans le sol une fois arrivé dans les rues. La promenade se fait à pied, librement, et les supports historiques permettent de s’arrêter à son rythme.
Pour préparer la balade ou retrouver votre chemin, la Ville propose le tracé officiel à télécharger en GPX ou KML. La localisation des 42 points d’information est publiée séparément. La carte ci-dessous reprend le tracé officiel, et ses épingles signalent quelques haltes citées dans l’article.
Les haltes ci-dessous sont une sélection de détails à regarder pendant la découverte d’Intra-Muros. Elles ne sont pas présentées comme l’ordre exact des 42 bornes : pour suivre le circuit pas à pas, fiez-vous aux hermines et au tracé officiel.
Porte Saint-Vincent : l’hermine est déjà là
Avant de chercher les clous, prenez une minute devant la Porte Saint-Vincent. L’hermine figure dans les armoiries de Saint-Malo et rappelle le duché de Bretagne. Le symbole que vous allez suivre est donc déjà une petite leçon d’histoire malouine.
À zyeuter : regardez la porte et ses armoiries, puis baissez les yeux vers les pavés. C’est le bon réflexe pour toute la balade.
Rue du Pélicot : deux façades à comparer
En montant la rue du Pélicot, regardez les maisons sur la gauche. Le numéro 11 porte la date 1676 et conserve une petite cour à façades de bois et de verre. Au numéro 5, une autre maison présente des panneaux de bois et des coursières vitrées. Ce type de façade est devenu rare dans Saint-Malo après les incendies et les destructions de 1944.
À zyeuter : cherchez la date au numéro 11, puis comparez les numéros 3 et 5. Le numéro 3 a été reconstitué plus tard selon un principe semblable. Quelques pas suffisent pour voir comment une rue rassemble plusieurs époques.
Cour La Houssaye : une maison à tourelle
Dans la Cour La Houssaye, la maison à tourelle du numéro 2 pourrait conserver des éléments de la fin du XVe siècle. La tradition lui associe même un séjour d’Anne de Bretagne. C’est une histoire à prendre comme telle, mais l’architecture mérite déjà le détour. Près de l’escalier de la Grille, cherchez aussi les profils sculptés de Jacques Cartier et de son épouse Catherine des Granges.
Le Chat qui Danse et la Pie qui Boit : lisez les noms des rues
Avant les plaques de rue, on désignait souvent une voie par un puits, un métier ou une enseigne. La rue du Chat qui Danse viendrait ainsi d’une enseigne. Une tradition orale rattache son nom à l’attaque anglo-hollandaise de 1693 : une machine explosive destinée aux remparts aurait, selon la légende, tué seulement un chat. C’est une histoire racontée par la ville, pas un bilan historique à prendre au pied de la lettre.
La Pie qui Boit était également une enseigne, dans l’actuelle rue Thévenard. On y représentait une pie buvant près d’un pressoir. Ces noms sont presque une seconde carte d’Intra-Muros : ils gardent la mémoire de commerces et de repères disparus.
À zyeuter : relevez les noms qui vous intriguent. Corne de Cerf, Chat qui Danse, Cordiers… Une plaque peut donner envie d’en savoir plus qu’un monument entier.
La poissonnerie : un poisson et une drôle de niche
Devant la poissonnerie, regardez aussi le bâtiment. À l’entrée se trouve L’Orbiche, une sculpture de François Pellerin représentant une petite roussette. À l’angle, une niche abrite la reproduction d’une sculpture surnommée La Moune, retrouvée sur place en 1944. Ce sont deux détails faciles à manquer lorsqu’on ne pense qu’aux étals.
Poids du Roi : imaginez la ville fermée pour la nuit
La place du Poids du Roi évoque le contrôle des poids et mesures des marchandises. Non loin de là, à la Grand’Porte, la cloche Noguette rythmait autrefois la fermeture de la cité. L’histoire des chiens du guet lâchés après la fermeture donne soudain une autre ambiance à cette entrée d’Intra-Muros.
Rue d’Asfeld : ce qu’une façade ne dit pas
Au 5 de la rue d’Asfeld, l’Hôtel Magon de la Lande, aujourd’hui appelé Demeure de Corsaire, rappelle la richesse de certains armateurs malouins. Depuis la rue, on perçoit mal l’ampleur de cette demeure du XVIIIe siècle. Une bonne raison de ralentir devant ses portes et celles des maisons voisines, en restant bien sûr dans l’espace public.
À zyeuter : encadrements de porte, heurtoirs et ferronneries racontent parfois autant que la façade entière.
Sur les remparts, retournez-vous aussi
Du côté du bastion de la Hollande, on vient spontanément pour regarder la baie, la Rance, les canons et la statue de Jacques Cartier. Faites l’inverse pendant une minute : retournez-vous vers la ville. D’en haut, les toits, les cheminées et les alignements de façades deviennent beaucoup plus lisibles.

Croix du Fief : regardez aussi ce qui a disparu
La Croix du Fief rappelle une ancienne limite du domaine de l’évêque et des chanoines. Au numéro 2 de la rue de la Corne de Cerf se trouvait avant 1944 une maison du XVIe siècle à façade de bois, associée à la naissance de René Duguay-Trouin. Elle a disparu pendant la guerre. Ici, il n’y a donc plus une vieille façade à photographier : l’intérêt est d’imaginer la ville d’avant la reconstruction.
Faut-il faire les 42 points ?
Pas forcément. Vous pouvez suivre le circuit complet, lire chaque support et utiliser le GPX pour garder le cap. Vous pouvez aussi prendre les hermines comme prétexte pour quitter la Grand’Rue et découvrir quelques coins d’Intra-Muros à votre rythme.
Une date gravée, une ancienne enseigne, une sculpture au-dessus d’un marché, une porte qu’on n’avait jamais remarquée : c’est souvent en s’arrêtant sur ces détails qu’une ville familière devient nouvelle.
Regardez un peu mieux. Saint-Malo a encore des choses à vous raconter.
Pour prolonger la balade : le guide Zyeute de Saint-Malo.
Sources du parcours : données ouvertes de la Ville de Saint-Malo, Suivez l’hermine et Parcours historique Intra-Muros, sous Licence Ouverte. Les informations détaillées des haltes proviennent aussi des notices du parcours historique municipal. Données du tracé publiées en 2014.


